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Ἀρχική σελίς
Ἀρχική σελίς

ALLOCUTION DE SA SAINTETÉ LE PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE BARTHOLOMAIOS IER 
À L’OCCASION DU CINQUANTENAIRE DE LA CONFÉRENCE DES ÉGLISES EUROPÉENNES (Lyon, le 19 juillet 2009).

Ἐπιστροφή
Ἐπιστροφή

«L’Avenir riche d’espoir de la Conférence des Églises européennes »
Nous rendons honneur et gloire au Dieu Trinitaire qui a béni le travail de notre Conférence des Églises européennes depuis cinquante ans. Lyon est hautement symbolique pour la célébration de ce Jubilé, puisque c’est dans cette ville que saint Irénée est venu d’Orient pour y exercer son ministère épiscopal. Grâce à la foi et à l’amour de saint Irénée, la distance est abolie entre l’Orient et l’Occident qui désormais cheminent ensemble dans un esprit de concertation et demandent au Seigneur de les guider vers «… l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit» HYPERLINK "http://us.mc1102.mail.yahoo.com/mc/welcome?.gx=1&.tm=1247740264&.rand=0pf0llf4g5cdd" \l "_ftn1" \o "" \t "_blank" [1], afin de vivre aussi dans l’avenir la plénitude de leur amour et de la communion dans la même foi.
 
Nous avons maintes fois exprimé notre conviction, à titre personnel et au nom du Patriarcat Œcuménique, mais aussi à l’échelon panorthodoxe : c’est seulement en dialoguant et en coopérant étroitement que les Églises seront en mesure de  proclamer au monde l’Évangile du Christ de façon convaincante et efficace. Pour cette raison, en tant qu’Église de Constantinople, depuis que notre bienheureux prédécesseur le Patriarche Joachim III a diffusé sa célèbre Encyclique de 1902, nous croyons fermement que le rétablissement de la communion chrétienne représente un devoir primordial et impératif qui nous incombe à tous, car c’est un commandement que le Christ Sauveur a exprimé dans Sa dernière prière. Cette prière, c’est le testament de notre Seigneur Jésus-Christ, que nous devons remplir à la lettre, afin que le monde croie (Jn. 17; 21).
 
C’est dans cet esprit, et en priant toujours dans nos offices liturgiques pour l’union de tous que les orthodoxes ont fondé avec d’autres Églises le Conseil Œcuménique des Églises, il y a plus de soixante ans. De même, il y a cinquante ans, avec plusieurs Églises d’Europe, nous avons créé cette Conférence des Églises européennes (CEC), dont nous célébrons aujourd’hui le Jubilé, en rendant grâce à Dieu. En notre qualité de cofondateur et coresponsable de la CEC, nous ne goûtons pas seulement les fruits récoltés à ce jour, en partageant la joie de ceux qui se réjouissent, et nous ne nous contentons pas de nous féliciter de ces acquis, riches et bénis, mais aussi nous assumons la part de responsabilité qui nous incombe, pour toute négligence ou défaillance survenue au fil du temps. Nous soulignons consciemment en ce moment, cette position orthodoxe, tout en souhaitant dissiper les éventuels doutes et malentendus surgis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre Église orthodoxe, en ce qui concerne l’œuvre déjà accompli par la CEC.
 
En effet, nous sommes heureux d’évoquer ici la précieuse contribution d’un grand nombre des collaborateurs orthodoxes de la CEC à tous les niveaux, auxquels nous devons la plus grande gratitude.
 
Néanmoins, quelque ait été la contribution précieuse de toutes ces personnes, nous ne pouvons pas ignorer nos responsabilités et obligations vis à vis de la CEC, ni surtout celles qui nous incombent à l’égard du commandement de notre Seigneur, qui nous enjoint de faire tout ce qui est possible pour rétablir la pleine communion entre les Églises chrétiennes en Europe. Ceci constitue notre espérance et notre inébranlable conviction.
 
Chers frères et sœurs, c’est dans cet esprit et avec les plus grands espoirs que nous envisageons l’avenir de la CEC.
 
Il n’y a aucun doute que pendant ce cinquantenaire écoulé nombreux et précieux sont les acquis de la CEC. Pendant cette période d’innombrables documents à teneur œcuménique ont été élaborés, des textes d’une grande profondeur théologique, telle que la Charta Œcumenica, qui est le fruit des efforts conjugués de toutes les Églises d’Europe, à savoir de notre Conférence (CEC) et du Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe (CCEE).
 
Toutefois, comme il fut souligné dans le Message du 3ème Rassemblement Œcuménique européen (Sibiu 2007), de nombreuses propositions de la Charta n’ont été ni intégrées dans la conscience des nos fideles, ni, a fortiori, appliquées par nos Églises. Malheureusement, un grand nombre de ces recommandations demeurent ignorées par les fidèles des nos Églises.  Elles sont donc restées lettre morte et inaptes à produire les résultats positifs attendus. Il en résulte que nos discours s’avèrent ne pas être en adéquation avec nos actes, ce qui entame la crédibilité de nos Églises et donne l’impression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, qu’elles sont incapables de trouver des solutions aux problèmes existants. Nous sommes convaincus que ces observations ne sont pas nouvelles pour vous tous, c’est pourquoi nous recommandons vivement et nous encourageons cordialement les instances compétentes de notre Conférence à faire tout leur possible pour promouvoir la question de  la réception (receptio) et de la prise de conscience  de ce qui a été conjointement convenu.
 
Nous avons la conviction que nos Écoles et Facultés de Théologie peuvent contribuer à ce but et doivent assumer leurs responsabilités en matière de programmes d’études, informer et orienter convenablement les étudiants de nos Églises, afin de leur transmettre l’esprit de réconciliation et l’impératif œcuménique bien fondé. En outre, nous souhaitons et nous recommandons aux scientifiques compétents en la matière et aux professeurs de nos Facultés de Théologie d’examiner conjointement les problèmes existants qui entravent encore l’accomplissement de la pleine communion entre nos Églises, en vue de trouver les solutions appropriées, et de nous permettre d’atteindre tous, Dieu aidant, l’unité de la foi et la communion du Saint Esprit.
 
Le Patriarcat Œcuménique a toujours souligné la nécessité d’une coopération entre nos Facultés de Théologie en Europe (Encyclique de 1920) et salue les engagements figurant dans la Charta Œcumenica (§ II, 3). Dès lors, nous saluons et accueillons très favorablement des initiatives semblables et toutes démarches menées dans cet objectif et nous apprécions, comme il se doit, la contribution théologique de la CEC, ainsi que sa coopération en vue de promouvoir les programmes destinés à améliorer la coopération entre nos Facultés de Théologie.
 
A ce propos, nous aimerions souligner que la coopération entre la CEC et le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe était nécessaire et constructive. Pour améliorer cet engagement œcuménique, nous proposons de mettre en place un mode de coopération mieux organisé et structuré entre ces deux instances. Nous souhaitons rappeler que l’Église de Constantinople avait naguère proposé, lors de la huitième Assemblée de notre Conférence, tenue à l’Académie orthodoxe de Crète en 1979, que l’Église Catholique Romaine devienne dans l’avenir membre de la CEC. Il est évident que cet enjeu n’est pas facile et que des travaux préalables et des amendements des règlements relatifs s’avèrent nécessaires. Néanmoins, nous sommes convaincus qu’une Conférence de toutes les Églises européennes peut, à l’unisson, répondre au mieux au commandement sacré du rétablissement de la communion ecclésiale et servir l’homme contemporain confronté à une multitude de problèmes complexes.
 
Ainsi, il sera possible de promouvoir plus efficacement le dialogue des Églises d’Europe avec les institutions européennes et l’Union européenne. Ce dialogue, instauré de longue date par notre Église, est précieux et nécessaire, non pas pour les Églises, mais aussi pour les instances politiques de l’Union européenne, et surtout pour les peuples de l’Europe.
 
L’avenir de la Nouvelle Europe en construction, sans les valeurs spirituelles chrétiennes qui touchent tout ce qui concerne le soutien et la protection de la personne humaine et de sa dignité, est sombre, voire incertain. C’est pourquoi nous proclamons sans détour que, pour l’Europe, le respect de la dignité de la personne humaine en tant qu’ «image de Dieu», doit constituer la base du respect absolu et de la protection de l’intégrité des droits de tous les hommes «indépendamment de leur couleur, religion, race, nationalité et  langue» (IIIe Conférence Panorthodoxe Préconciliaire – Chambésy 1986).
 
Aujourd’hui les temps sont difficiles et les conditions de vie critiques. Les guerres et les conflits entre les nations et les murs de séparation malheureusement perdurent encore. Des injustices sociales et économiques touchent chaque foyer: la xénophobie, le racisme, la violation des droits de l’homme ainsi que de la liberté religieuse deviennent des situations de plus en plus inquiétantes. La sécularisation et la crise de la spiritualité et des valeurs chrétiennes préoccupent chaque jour davantage nos Églises. La foi, notre foi en Jésus-Christ, est aussi mise en question.
 
Nos jeunes sont en permanence confrontés au chômage et au manque de travail. Des entreprises, petites et grandes, ferment chaque jour à cause de la profonde crise économique. Des centaines de milliers de pauvres immigrants se refugient sur notre continent à la recherche d'un meilleur avenir, victimes de la traite des êtres humains. L’environnent enfin, souffre lui aussi de notre indifférence et de notre incompétence à  le sauvegarder, à ménager un espace pour le respect de la nature et l’économie de la création.
 
Chrétiens, Juifs et Musulmans se trouvent depuis quelques années en dialogue pour la promotion de la paix et de réconciliation entre les différentes religions monothéistes. Tous cherchent désespérément un espoir.
 
C’est pourquoi, aucun ajournement ne saurait être justifié. Au contraire, la collaboration de nos Églises, ainsi que leur coopération avec les responsables européens, compétents en matière politique, économique et sociale, est tout aussi nécessaire qu’impérative.
 
Il est de notre devoir de proclamer et de témoigner ensemble le Christ crucifié, qui a souffert, a été enseveli et qui «par la mort a vaincu la mort» comme le dit le tropaire de Pâques. Il a anéanti la mort et libéré le genre humain «en lui donnant la vie». En dépit des difficultés et des contretemps, des crises et des conflits, des guerres et des souffrances, il est aujourd’hui du devoir de tous les chrétiens et de toutes les Églises de transmettre ensemble ce message de la Résurrection et de l’espérance, ce message de la réconciliation et de la paix, car le Christ est l’espoir du monde. Nous ne méconnaissons pas la douleur, les souffrances et le martyre, mais nous persistons irrévocablement à résister et à proclamer avec vous tous, aujourd’hui et demain et pour l’éternité, les paroles de l’Apôtre Paul : «Cela importe d'autant plus que vous savez en quel temps nous sommes, c'est l'heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche. Dépouillons-nous donc des oeuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière.» (Rm 13, 11-12).
 
 Mus par une conviction, un amour et une foi inébranlables, nous devons proclamer aux hommes opprimés et plongés dans la souffrance, la force, le courage et la volonté de résistance émanant de l’optimisme et de l’espoir du Message du Christ: «Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable… Tenez donc ferme: ayez à vos reins la vérité pour ceinture, revêtez la cuirasse de la justice, mettez pour chaussure à vos pieds le zèle que donne l'Évangile de paix prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin; prenez aussi le casque du salut…» (Ep. 6, 10-12).
 
Nous sommes profondément convaincus que le Dieu Trinitaire guidera nos pas, ainsi que les actes de la Conférence des Églises européennes et de toutes les Églises d’Europe lors les cinquante ans à venir dans l’amour et la communion, pour le bien de tous et la gloire de Son saint Nom.
  Amen.